• Mariage arrangé page -9-

     

     Mariage arrangé

     

    T'es ma femme ! Qu'est ce que tu peux faire contre ça ? Et pis, qu'est ce que tu pourras bien prouver si j'ai envie recommencer ! Hein ? Allez ? Dis-moi ?! T'es qu'une folle ! Tu vois pas que tu peux rien contre moi ?!

    Geneviève, ivre de rage, menaça:

    —Tu t'attends à ce que je capitule ! Et bien, je vais te faire regretter de m'avoir épousé ! Tu vas avoir du fil à retordre avec moi ! Je te le promets !

    Ces discussions orageuses se terminaient souvent très mal. Geneviève poussait Robert dans ses derniers retranchements, et tout volait dans la maison. Les voisins alertés par le tapage appelaient Police Secours et Robert devait finir la nuit au poste. Geneviève, dans ces moments-là, se sentait en position de force et savait mettre à profit les traces de coup qu'elle avait reçu en montrant aux policiers les marques de mauvais traitements infligés par son conjoint. Elle se plaignait, gémissait, pleurait morte de peur et il y avait de quoi !

    — Regardez monsieur, il me frappe ! Regardez mes bleus !

    Les policiers faisaient leur devoir en enjoignant le mari de se calmer, le menaçant de se retrouver au poste s'il n'obtempérait pas. En fait, Ils se contentaient de calmer le jeu en sermonnant le mari, le prévenant que s'il y avait encore des plaintes de la part des voisins pour tapage nocturne, il serait embarqué au poste de police pour la nuit. Ils lui conseillaient donc de ne pas rentrer de la nuit et d'aller cuver son vin chez quelque connaissance. Cela avait pour effet de le rendre raisonnable pour un temps. Sans un mot, Robert prenait son blouson, puis disparaissait en claquant la porte.

    Ne voulant pas en rester là, Geneviève désirait déposer plainte, les policiers compatissants lui expliquaient :

    — Madame, Il ne faut pas que vous attendiez beaucoup de votre plainte. Pour que vraiment votre plainte aboutisse, il faut « un premier sang » : autrement dit, que vous soyez blessée assez sérieusement pour que nous puissions intervenir. C'est la loi. Pour l'heure, nous ne pouvons faire plus. Nous vous conseillons quand-même d'aller voir un médecin pour faire constater les ecchymoses sur votre corps. C’est tout ce que vous pouvez faire dans l’état actuel de votre situation

    Geneviève étant une insoumise, une rebelle, avait vite compris qu'elle pouvait tirer partie des fuites désespérées de son mari lors des affrontements avec la police. Dormir seule ces nuits-là, était pour elle un indescriptible soulagement.

    Après le départ précipité de Robert, Geneviève savait qu'il ne rentrerait pas de la nuit. Elle prenait alors bien soin de bloquer la porte avec son double de clef qu'elle laissait dans la serrure après lui avoir fait faire un demi-tour, ce qui empêchait que l’on puisse l’éjecter de l’extérieur. Le dossier elle terminait le travail avec le dos d'une chaise qu’elle calait en dessous de celle-ci, ce  qui terminait la barricade : les serrures d'avant permettaient ce stratagème car elles ne ressemblaient pas à celles d'aujourd'hui.

     

    A suivre...

     

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