• La mal aimée page -8-

     

     La mal aimée

     

    Les autres femmes, tout à leur joie dans leur rôle de mères, avaient les yeux brillants d’amour pour leurs rejetons, et Geneviève détonnait dans cette grande salle d’accouchement. Les maris, surtout si le premier bébé était un petit garçon, éprouvaient une reconnaissance qu’ils ne pouvaient cacher. Toute cette agitation l’agaçait. Pas de fleurs pour elle ni de cadeau. D’ailleurs, cela lui importait peu.

    Toutes ces démonstrations d’affection l’écœuraient. Elle observait les familles, qui défilaient avec une singulière régularité. Les mères ne restaient pas souvent seules. Et ce n’était qu’embrassades, compliments et cadeaux pour ces heureuses mères de tous âges et leur nouveau-nés.

    Pour ne pas contaminer les nouveaux-née, les pères ne pouvaient les apercevoir qu’à travers une grande baie vitrée. Seul un petit groupe de cinq était exceptionnellement permis, lorsque il y avait foule : quand ils se trouvaient être tous présents à la même heure, les belle-mères et les beaux-pères des époux se devaient de respecter le règlement.

    Au chevet des accouchées, les fleurs n’étaient pas permises : les bouquet apportés par les familles ornaient pratiquement toutes les tables de nuits, au point que les infirmières, par ordre des médecins, demandaient aux visiteurs de reprendre leur bouquet et de les porter dans la salle réservée à cet effet en précisant bien de ne pas oublier de mettre une carte mentionnant le prénom et le nom de la maman à qui elles appartenaient. Il était aisé de comprendre que le parfum entêtant de certaines fleurs incommodaient fortement les nouvelles accouchées, ce qui n’était pas du tout saint. Quant aux cadeaux et les layettes, les visiteurs devaient les laisser dans une autre pièce attenante à la salle de maternité où les sortantes pouvaient venir les reprendre à la sortie de la maternité. Geneviève regardait le ballet des visiteurs et cela lui faisait encore plus ressentir sa solitude.

    Au fur et à mesure que les heures s’égrainaient à la grosse horloge de la salle commune qui venait de sonner vingt heures, la salle s’était vidée de ses occupants. Un silence tout relatif remplaçait maintenant le brouhaha des visiteurs. Laprès guerre ne se prêtait pas encore aux chambres individuelles, et en mille neuf cent quarante sept, elles en étaient encore très loin ! Comme le dit le vieil adage : Il faut laisser le temps au temps…

     

    A suivre...

     

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