• La mal aimée page -6-

     

     La mal aimée 

     

    Perdue dans ses pensées, ailleurs, son esprit avait fait abstraction de tout ce qui l’environnait. Seuls les flocons de neige tourbillonnant en tous sens accaparaient son attention. Elle sentait son âme en symbiose avec la saison d'hiver. Son attitude détonnait auprès des autres mères toutes à leur nouveau bonheur d’être mère.

    A force de fixer la fenêtre et la valse des flocons, Geneviève, comme hypnotisée par ce spectacle, finit par s’endormir. Ce n’est qu’une heure plus tard, alors que les visites du soir commençaient, qu’elle émergea de sa léthargie, reprenant contact avec la réalité : sa réalité qui n’avait rien de commun avec celle des autres femmes de la maternité. Geneviève observait les visiteurs qui s’extasiaient devant leur femme respective. Toutes affichaient cette fierté qu'on les jeunes mère après avoir donné le jour à leur premier né.

    Pour d’autres femmes, ce n'était pas leur premières expériences. Geneviève remarquait tout de suite celles qui n’en étaient pas à leur premier enfant : elles n'avaient pas le même regard. Geneviève épiait l’expression des nouveaux pères qui, le visage reflétant une satisfaction toute intérieure souriaient, béats d'admiration, lorsque leur femme leur annonçait la venue d'un garçon. Les garçons étaient, de loin, la priorité pour les pères. Aux yeux de Geneviève, ils étaient tout à fait ridicules. Dans sa tête revenaient sans cesse les mêmes questions : pourquoi ? Quelles étaient les raisons pour lesquelles elle en était-elle arrivée là ? Que faisait-elle dans cet endroit réservé à la seule joie d’être parent ? Geneviève se sentait vide de toute émotion. Elle repensait aux atrocités qu’elle avait subies depuis son mariage imposée par sa mère et son rustre de beau-père. Ces cinq dernières longues, longues années. La fatigue physique et morale avait eu raison de sa ténacité. Trop de haine emplissait son cœur meurtri. Elle ne ressentait rien de ce sentiment maternel que l’on dit inné chez une femme. Son âme ressemblait à un désert aride où rien, pas même une mauvaise herbe, ne pouvait pousser et croître. Les autres femmes, tout à leur joie dans leur rôle de mères, avaient les yeux brillants d’amour pour leurs rejetons, et Geneviève détonnait dans cette grande salle d’accouchement. Les maris, surtout si le premier bébé était un petit garçon, éprouvaient une reconnaissance qu’ils ne pouvaient cacher. Toute cette agitation l’agaçait. Pas de fleurs pour elle ni de cadeau. D’ailleurs, cela lui importait peu. Toutes ces démonstrations d’affection l’écœuraient. Elle observait les familles, qui défilaient avec une singulière régularité. Les mères ne restaient pas souvent seules.

     

    A suivre...

     

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