• La mal aimée page -3-

     

    La mal aimée

     

    Émue plus qu'elle ne voulait le laisser paraître, elle se surprit quelque peu à la fustiger du regard et des paroles qu'elle ne voulait aucunement être empreintes de reproches, dépassèrent sa pensée :

    — Il me semble que vous n'avez pas l'air content ? Je suppose que vous n'êtes pas heureuse de cette naissance ?

    La phrase fusa à travers la pièce et s'abattit sur Geneviève comme un couperet. Cette fois, la jeune femme ne put retenir plus longtemps le flot de larmes qui roulaient maintenant sur ses joues. Son corps délivré du poids qui l’avait arrondi depuis tous ces longs mois de calvaire, semblait ne pas vouloir cesser ses soubresauts désordonnés. Des spasmes l’agitaient. La sage-femme excédée s'énerva :

    — Et bien ! Qu'avez-vous ? Ces larmes ne semblent pas être des larmes de joie ! Mais qu'est-ce qui m'a fichu une maman qui pleure ?

    Si c'est une crise de nerfs, essayez de vous ressaisir si vous ne voulez pas que je vous fasse administrer un calmant ! Geneviève ne comprenait pas la raison qui poussait cette femme d'allure masculine à la rabrouer de la sorte. D'ailleurs, elle s'en moquait. Qui aurait pu deviner ce qui l'agitait ainsi en ce moment même ?

    Madame « grognon » comme on la surnommait dans le service, cachait sous un faciès bourru qu’elle cultivait à plaisir, un cœur tendre, bon et généreux.

    — C’est une petite fille ! S’exclama la voix. Ça n’a pas été facile, mais nous y sommes arrivés. N’êtes vous pas heureuse ?

    Geneviève ne répondit pas. Inquiète de cette apparente indifférence concernant tout ce qui se passait autour d'elle, la femme reprit :

    — Votre bébé est en bonne mains. Pour le moment, nous la gardons sous surveillance : elle est faible et n'a pas le poids requit pour un bébé étant né à thermes. C’est vraiment très inquiétant. Je ne comprends pas. Vouliez-vous vraiment de cette grossesse ? Aviez vous conscience que vous étiez enceinte au début de votre grossesse ?

    Sa carapace n’était que la résultante de nombreuses années de présence, de dévouement, de pratique au sein du service de la maternité. Ce blindage acquis, somme toute, depuis de longues années, était nécessaire si l’on voulait tenir dans ce milieu professionnel. Dans les année cinquante, les abandons et la mort de nouveaux nés étaient monnaie courante bien qu’on s’évertua à prodiguer tous les soins nécessaires afin de préserver la vie dans la mesure où la nature voulait bien laisser le personnel médical exercer ce métier difficile. Le niveau des connaissances était beaucoup moins pointu qu’aujourd’hui ! Il était très éprouvant de voir des mères accoucher de leur nouveaux-nés sans vie : la mal nutrition du temps de la grossesse y était pour beaucoup.

     

    A suivre...

     

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