• La mal aimée page -11-

     

     

     La mal aimée

     

    Elle n’aurait su dire pourquoi, sa conscience lui dictait d’insister auprès de la mère pour sauver ce petit être sans défense qui, de plus, à cause d’une maladresse de la part d’une assistante, se battait deux fois plus contre l’adversité. Les gynécologues et les médecins accoucheurs considéraient son cas grave et ne savaient pas si le bébé allait vivre. Pour sa propre estime et aussi pour la conscience qu’elle avait de son devoir, elle se devait de réussir ce tour de force.

    Elle réprima la rage qui montait en elle, ce qui pouvait brusquer la jeune mère dépourvu de sentiment maternel et la buter si elle ne se contrôlait pas. Elle avait compris, depuis toutes ces années, que cela ne servait à rien qu’à desservir les intérêts du bébé en devenir. L’espace de quelques secondes avait été nécessaire à la sage-femme pour reprendre le cours de sa pensée. Geneviève, sur le qui-vive, recroquevillée sur elle-même, guettait le moment où celle-ci reprendrait la parole. Geneviève sursauta presque par surprise, lorsque elle entendit, de nouveau le son de sa voix dont la masculinité l’avait tant impressionnée la première fois :

    Allons ! Lui dit-elle en tapotant doucement sa main. On ne rejette pas le bébé que l'on vient de mettre au monde sans une raison grave ! Rien ne justifie ce geste !

    Ce contact du simple toucher sur sa main était très désagréable à la jeune femme qui n'essaya même pas de bouger le petit doigt. Elle se contenta de prononcer laconiquement :

    Veuillez retirer votre main s'il vous plaît : je ne supporte pas que l'on me touche.

    La sage femme interloquée par cette soudaine rebuffade n'insista pas, et stoppa net son geste, étonnée par cette réaction froide et disproportionnée. Elle venait de le comprendre que la jeune femme ne voulait pas se laisser attendrir par cette marque de compassion destinée à la faire fléchir concernant la garde de son bébé.

    Geneviève ne voulait pas de l'enfant qu'elle venait de mettre au monde parce qu’elle ne se sentait pas la force d’être une bonne mère et qu’elle n’éprouvait rien pour l’enfant qu’elle venait de mettre au monde. Elle ne voulait pas que ce bébé la prive d’une liberté déjà précaire. Pour ne pas rompre le dialogue qu'elle avait eu du mal à établir, la sache femme continua de chercher à toucher le cœur de Geneviève par de multiples démonstrations de sympathie, mais non sans perdre de vue le plus important : essayer de la dissuader d'abandonner sa petite fille.

     

    A suivre...

     

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