• La mal aimée page -10-

     

     La mal aimée

      

    Qu’est ce qui vous rend si triste ? Quelle est cette peur que je lis dans vos yeux ?

    vous ne dites rien, je ne pourrai pas vous venir en aide !

    Geneviève murmura : 

    Je ne veux pas de l’enfant.

    La sage-femme sentit son cœur battre plus vite. La phrase fatidique précédant presque toujours un abandon était lâchée. Elle resta interdite le temps de se reprendre puis, d’une voix qui se voulait douce et persuasive, elle osa la sermonner :

    Je me doutais bien qu’il y avait quelque chose dans ce genre. Voyons, ma chère petite. Je ne connais pas les raisons qui vous poussent à cet acte désespéré, mais raisonnez-vous. Il ne faut pas agir comme vous avez l’intention de le faire. C’est grave ! Très grave ! Je soupçonne tout ce que vous avez dû endurer pour en arrivé à cette extrémité et je suis horrifiée par ce que vous venez de me confier, mais, pour l'heure, je pense que la solution d’abandonner votre petite fille n’est pas la bonne .

    C'est de votre bébé que l'on parle. De votre petite fille !

    Je ne veux pas de cette chose malsaine !

    Ces mots jetés comme ça, froidement, firent frémir la sage-femme qui, chaque fois qu’elle était confrontée à pareille situation, essayait de dissuader les jeunes mères d’en arriver aux gestes inconsidérés et presque toujours irréversibles, une fois l’acte d’abandon signé ; mais bien souvent, par la suite, quelques unes des jeunes femmes ayant accouché dans cet hôpital sous X, revenaient la voir pour lui demander conseil. Elles regrettaient toutes leur geste irréfléchi. Elles voulaient reprendre leur enfant parce que leur situation s’était arrangée, modifiée. Malheureusement, dans les cas d’abandon définitifs, il est bien trop tard pour revenir en arrière. La sage-femme savait de quoi elle parlait. Des événements déchirants, horrifiants, à la limite du soutenable, avaient jalonné sa longue et difficile carrière. A chaque abandon, elle sentait monter en elle une révolte qu’elle avait bien du mal à refréner. Lorsque celui-ci devenait irrévocable, elle essayait, par tous les moyens, de faire prendre conscience à ces jeune mères de la gravité de leur acte. En ce qui concernait la jeune femme qui se trouvait devant elle, elle se devait de faire échouer le projet d’abandon de sa petite fille. Le bébé luttait en ce moment même pour sa survie : Sa venue au monde l’avait laissée sans force, incapable de lancer son premier cri. Il avait fallu tout son savoir-faire pour ramener le nouveau-né à la vie.

      

    A suivre...

     

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