• La mal aimée page -1-

    1.  

    La mal aimée

     

    Par un triste après-midi supportant un ciel plombé n’augurant rien de bon, une ambulance filait à vive allure en direction de l’hôpital Beaujon. Ses vitres rendues presque opaques par une pluie fine, ruisselante et tenace, ne laissaient pénétrer qu’un jour diffus à l'intérieur de celle-ci. Une pénombre ouatée enveloppait le peu de paysage à peine entrevu qui défilait devant les yeux de Geneviève, agrandit par une souffrance à peine supportable. À peine cinq minutes s’étaient écoulées depuis ses dernières contractions. Chaque seconde qui s’égrainait lui paraissait tellement courte entre les douleur, qu’elle n’en pouvait plus de se tordre sur le brancard.

    La sirène de l’ambulance hurlait afin d’écarter les automobilistes qui gênaient le passage. Geneviève avait l’impression que sa tête allait éclater, tant le bruit assourdissant qu’elle occasionnait lui était pénible. Dans son esprit fiévreux, des sentiments contradictoires se bousculaient : elle allait être mère pour la quatrième fois, réaliser ce miracle que des centaines de femmes dans l’impossibilité de concevoir pouvaient lui envier, mais n’en éprouvait aucune joie.

    L’ambulancier l’observait à la dérobée tout en lui prenant le pouls. Jamais, de toute sa carrière, il n’avait vu femme aussi jolie. Tout en elle n’était que grâce, et malgré la tension qui durcissait les traits de son visage, cette jeune femme était belle. Il ne comprenait pas pourquoi elle vivait ces moments intenses sans personne à ses côtés. Aucun membre de sa famille n’accompagnait ses gémissements. Pas de mari n’essuyait son front perlé de sueur où se collaient les mèches de ses beaux cheveux blonds. Ses mains fines et blanches se crispaient sur le drap qui la couvrait.

    Son beau corps dont les courbes harmonieuses n’étaient en rien diminuées par la rondeur de son ventre, se tordait sous la force des contractions qui revenaient par espaces réguliers.

    L’ambulancier essayait par tous mes moyens de la calmer, la rassurer en lui murmurant des paroles qui se voulaient réconfortantes. Le pauvre homme ne savait plus quoi faire pour la soulager, et il avait hâte d’arriver aux urgences. Depuis qu’il exerçait ce métier, lui et son ambulance en avaient vu passer de ces futures mères capricieuses, geignantes, hurlantes et grimaçantes, perdant toute leur dignité à vouloir trop en faire. Certes, il était conscient qu’un accouchement, ça faisait souffrir ; mais pas au point d’en rajouter des tonnes ! Aucune femme dans toute sa carrière déjà vieille de cinq ans déjà, n’avait su capter son attention comme celle-ci. Pas une seule n’avait su éveiller, en lui, autant de compassion et autant d’émotion.

     

    A suivre...

     

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