• L'insoumise page -7-

     

    L'insoumise 

     

    Y prendront un p'tit pourcentage au passage et l'rest' s'ra pour toê ! Les aut'es filles sont pas encor' une menace pou' l’héritage des Delaplace ! J'ai causé avec eux l'aut' jour : y veulent voyager qui z'ont dit ; prend' du bon temps. Y'a pas d'mal à ça ! Y Z’ont d’la fortune ! La dot, marmonnait son vieux en bourrant sa pipe de bruyère qu'il avait l'intention de fumer, vous f'ra un bon p'tit pécule pour voir v'nir ! La mère Delaplace ma promit qu'elle aurait sa dot comme ses aut'es filles et q'l'héritage s'rait bein partagé comme y faut, bein sûr ! Y’en aura ben assez pou' tout l'monde, allez donc !

    Pour le jeune homme, les fille de la campagne n’avaient pas peur des travaux difficiles. Elles ne s’occupaient que de besogner : elles aidaient leur mère aux tâches ménagères de la ferme et quotidiennement, elles se levaient tôt pour aider à traire les vaches, nettoyer la porcherie, donner la pâtée aux cochons, distribuer les graines aux poules, canards et autres dindes oies et dindons, ramasser les œufs frais du jour qui venaient d'être pondu, donner de l’herbe aux lapins et tout cela sans se poser de question. Les travaux des champs étant dur et nombreux, les hommes : enfin, ceux qui le pouvaient, s’en occupaient de nouveau ; mais tout ce qui était du domaine des femmes, c’était elles qui s’en chargeaient sans rechigner.

    Les journées de grande lessive étaient les plus pénibles, mais il y avait des compensations. Les préparatifs étaient pourtant assez fatigants par eux même. De grandes lessiveuses galvanisées étaient disposées dans la cour de la ferme, alimentés chacune par un constant feu de bois. L’eau à plus de quatre vingt degrés où trempaient les draps de métisse, laissait échapper une vapeur d’un blanc rendu laiteux par les copeaux de savons que l’on ajoutait au fur et à mesure qu’elle montait en température. Ça embaumait l’air. Mère et fille, ce jour là, faisaient équipe pour se répartir le travail et ainsi gagner du temps. La grande lessive se faisait une fois par mois et durait jusqu’à trois jours.

    Pendant ces grandes lessives, une fois le linge bouillit, les femmes le remuaient régulièrement, le sortaient à l’aide de grandes pinces en bois de hêtre pour éviter de s’ébouillanter puis, le retournait à nouveau de façon à ce que tous les côtés du linge se soient bien imprégnés de copeaux de savon, ce qui rendait les draps de métisse d'un blanc cassé très souples et d'un blanc immaculé une fois séché, en plein soleil, dans les prairies verdoyantes. Dans les grandes lessiveuses où bouillait le linge qu'elles seules connaissaient, après un temps réglementaire, elles passaient les draps et le linge de coton dans des baquets séparés, emplit d’eau claire que l’on changeait plusieurs fois pour qu’il refroidisse avant d’aller au lavoir pour le battre.

     

     A suivre... 

     

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