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    Mariage arrangé

     

    Puisqu’il faut bien parler du mari de Geneviève, de son côté, Robert se rendait bien compte que rien n’allait dans son couple. Rien n’aurait pu laisser présager, avant le mariage, un début d’idylle entre sa femme et lui. Quant à leurs fiançailles, Robert s’était soumit à la volonté de son père et de sa belle-mère sans chercher à comprendre plus avant ou le menait cette futur union. Dans ce mariage arrangé, quelque chose manquait dès le départ : l’amour. De par la volonté de son père, il n’avait pas tenu compte qu’il avait son libre arbitre pour décidé de son avenir. De ce fait, Robert s’y était mal pris avec sa future femme et il s’en voulait. A présent que le mal était fait, comment aurait-elle pu lui pardonner ? Il se rendait compte qu’il ne savait pas s’y prendre avec la gente féminine. Il ne savait pas faire de belles phrases, n'avait jamais su aborder les jeune filles de sont village pour aller dans les foins séchés y faire des galipettes. La jeune fille qu’il allait épouser, était d’une beauté intimidante, et il ne savait pas faire le joli cœur. Ce n’était pas pour lui tout ça. Le jour de la cérémonie, il s’étaient retrouvés, selon la formule consacrée, unis par les liens du mariage, pour le meilleurs et pour le pire. Robert se souvint de l’air fermé de sa promise au moment du oui fatidique et incontournable qu’elle avait eu du mal à prononcer. Il avait fallu à Geneviève, quelques secondes pour s’exécuter. Lui, en fils obéissant qu’il était, n'avait même pas cherché à comprendre la réticence de sa femme. Il avait suivit les désirs de son père sans plus se poser de questions. Son paternel avait décidé pour lui et c’était très bien comme ça. Il était clair que les jeunes gens ne s’aimaient pas. Robert s’apprêtait à vivre un mariage comme celui de ses parents. Rien ne s’était déroulé de leur propre volonté car si cela avait été le cas, il n’y aurait jamais eu de mariage. La fameuse nuit de noces qui suivait la cérémonie, et la fête, les mariés étaient restés chacun dans leur coin. Les réjouissances terminées, Robert s'était enfin décidé à exercer ses droits d’époux sur celle qui était devenu sa femme, la forçant à monter les escaliers jusque dans leur chambre. A ce moment précis de la fête, sachant ce qui l'attendait,  Geneviève ne voulu pas le suivre.

     

    A suivre...

     

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    Mariage arrangé

     

    Les absences de son mari lui permettaient de souffler un peu. Geneviève en profitait pour sortir faire du lèche vitrine, et dépenser le peu d'argent du ménage qui était, le croyait-elle, de plein droit, aussi le sien puisque Robert avait prit possession de sa dote pour le garage.

    Je m’en suis servis pour mes petits plaisirs personnels puisque tu ne me donnes pas d’argent pour mes divertissements. Une femme, cela s’entretient ! Fit-elle ironiquement.

    Robert fulminait intérieurement et marmonnait :

    Quel besoin de t’entretenir comme tu dis ! Tu n’es pas du grand monde que je sache ! Je suis un simple mécanicien et tu as des gosses à t’occuper, entretenir la maison : tout ce que normalement une femme doit faire quand elle est mariée.

    Contre mon grès ! Ne l’oublies pas ! Et, tes rejetons, je ne m’en occuperais jamais !

    La tension montait, mais comme ni l'un, ni l'autre, ne voulait céder du terrain, cela finissait toujours par des seines de ménages : ce qui s’entendait dans tout le quartier et Police Secours finissait toujours par être appelée par les voisins. Geneviève, sachant très bien que Robert ne rentrait pas du garage sans avoir fait escale chez le bougnat, elle faisait remarquer aux policier qu’il rentrait toujours ivre, qu’il la molestait, et qu’elle en avait peur. Robert se faisait menotter et montait dans le le fourgon de police. En ce temps-là, les gens appelaient ce véhicule : le panier à salade. Robert passait la nuit au poste, le temps qu’il se se dégrise, puis il était relâcher. C’était l’unique solution qu’elle avait trouvé pour qu’il lui fiche la paix. De cette façon, elle passait une nuit tranquille.

    Au fond de lui Robert souffrait de voir que rien ne fonctionnait dans son mariage. Il ne voulait pas s'avouer qu'il avait peur de perdre cette femme qu'il considérait comme sa propriété. Paradoxalement, plus elle lui résistait, plus il la désirait. Ce sentiment, nouveau pour lui, le rendait un peu plus vulnérable chaque jour. Robert se prenait à rêver que sa femme lui pardonnait et qu'ils allaient ensemble chercher la dernière née : la petite Elizabeth. Il ne forcerait pas Geneviève à s'occuper de son fils Robert junior, car elle l'avait volontairement abandonné sous un pont exposé au bombardement. Son fils, lui, avait vu le jour le deux avril 1942. Il l'avait confié à ses parents car elle avait catégoriquement refusé de s'en occuper.

    Il ne demandait qu'à aimer ce bébé qu'elle lui avait donné bien malgré elle. Il était conscient de l'avoir obligé à se soumettre à lui. Il n'arrivais pas à considérer que sa fille soit le fruit du pêcher. Confusément, Robert sentait que la jeune femme était remontée contre lui et qu’elle lui tenait une rancune féroce alors qu'il refusait de l'admettre. L'acte d'amour d'une manière aussi brutale n'avait pas eu l'effet escompté que son père lui avait décrit comme étant la solution miracle à leur méconnaissance mutuelle. Pourtant, sa fierté d'homme lui interdisait de capituler devant les attaques répétées de la jeune femme. Malgré les tensions de tous les jours, il s'obstinait à ne pas envisager le divorce. Dans la famille Cadoret, cela ne se faisait pas. Oh, non !

     

     

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     Mariage arrangé

     

    De religion catholique, il lui était interdit d'en arriver à ces extrémités et puis, maintenant qu’ils étaient mariés, il ne désirait pas divorcer. Robert se rendait bien compte qu'il n'aurait jamais dû suivre les conseils, soit disant avisés, de son paternel. Aujourd'hui, elle lui appartenait, mais dans sa tête, il avait encore en mémoire les paroles de son père qui résonnaient comme un marteau sur l'enclume :

    — « La fille Delaplace est un bon parti ! Elle te veut pas; mais c'est pas elle qui va avoir l'dernier mot : c'est sa mère ! C'est pas son père qui va dire l'contraire ce nigaud ! C'est sa bonne femme qui porte la culotte chez eux ! »

    Les propos de son père cognaient encore à ses oreilles comme autant de coups de marteau sur une enclume :

    — Tu t'rends fils ? J'te donne l'garage en dot p'isque j'peux pus travailler à cause d'ma jambe. Tu sais bein ? Moi et ta mère, on a pus vingt ans ! On a pus b'soin d'grand chose pour viv' ! Tu nous verse une tite pension pou nos vieux jours et ça ira bein comme ça ! Et pis c'mariage avec la p'tit' Delaplace, ça t'f'ras une belle dot en pus du garage que J'te laisse en gérance ! Pour l'moment, la mère Delaplace veut garder son bazar ; mais y'aura bein un jour ou elle en aura mare et elle fera comme moê j'ai fais avec toê! Y prendront un p'tit pourcentage au passage et l'rest' s'ra pour toê ! Les aut'es filles sont pas encor' une menace pou' toi ! J'ai causé avec eux l'aut' jour : y veulent voyager qui z'ont dit ; prend' du bon temps. Y'a pas d'mal à ça ! Y Z’ont d’la fortune ! La dot, marmonnait son vieux en bourrant sa pipe de bruyère qu'il avait l'intention de fumer, vous f'ra un bon p'tit pécule pour voir v'nir ! La mère Delaplace ma promit qu'elle aurait sa dot comme ses aut'es filles et q'l'héritage s'rait bein partagé comme y faut, bein su ! Yen aura ben assez pou' tout l'monde, allez !

    Les fille de la campagne n’avaient pas peur des travaux difficiles. Elles ne s’occupaient que de besogner : elles aidaient leur mère aux tâches ménagères de la ferme et quotidiennement, elles se levaient tôt pour traire les vaches, nettoyer la porcherie, donner la pâtée aux cochons, distribuer les graines aux poules, canards et autres dindes oies et dindons, ramasser les œufs frais du jour qui venaient d'être pondu, donner de l’herbe aux lapins et tout cela sans se poser de question. Les travaux des champs étant dur et nombreux, les hommes : enfin, ceux qui le pouvaient, s’en occupaient de nouveau ; mais tout ce qui était du domaine des femmes, c’était elles qui s’en chargeaient sans rechigner.

    Les journées de grande lessive étaient les plus pénibles, mais il y avait des compensations. Les préparatifs étaient pourtant assez fatigants par eux même. De grandes lessiveuses galvanisées étaient disposées dans la cour de la ferme, alimentés chacune par un constant feu de bois. L’eau à plus de quatre vingt degrés où trempaient les draps de métisse, laissait échapper une vapeur d’un blanc rendu laiteux par les copeaux de savons que l’on ajoutait au fur et à mesure qu’elle montait en température. Ça embaumait l’air. Mère et fille, ce jour là, faisaient équipe pour se répartir le travail et ainsi gagner du temps. La grande lessive se faisait une fois par mois et durait jusqu’à trois jours.

    Pendant ces grandes lessives, les femmes remuaient le linge régulièrement, le sortaient à l’aide de grandes pinces en bois de hêtre pour éviter de s’ébouillanter puis, le retournait à nouveau de façon à ce que tous les côtés du linge se soient bien imprégné de copeaux de savon tout en bouillant ce qui rendait les draps de métisse d'un blanc cassé très souples et d'un blanc immaculé une fois séchés, en plein soleil, dans les prairies verdoyantes.

     

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     Mariage arrangé 

     

    Après un temps réglementaire dans les grandes lessiveuses à bouillir qu'elles seules connaissaient, elles passaient les draps et le linge dans des baquets d’eau claire non chauffés, les draps séparés du reste du linge de coton pour ne pas les mélanger. Elles tournaient et retournaient encore les divers tissus et vêtements avant de pouvoir les sortir les un après les autres une fois qu’ils étaient assez refroidi pour les manipuler, les essorer puis, les charger dans une brouette de bois où l’on avait disposé un vieux morceau de drap sec et propre qui devaient recevoir le linge car il fallait encore aller à la rivière où se trouvait le lavoir. C'est là que toutes les femmes jeunes ou plus âgées que l'on appelait les lavandières, venaient taper les draps et tout ce qui était en coton. Le battoir était de rigueur : outil indispensable pour pouvoir battre la lessive à la rivière en contrebas où coulait une eau limpide, douce et fraîche. Le travail le plus harassant était de battre, battre et rebattre les tissus afin d'évacuer tout le savon. Tout ce labeur ne s'arrêtait pas là. Il fallait encore rincer abondamment le linge dans cette eau courante et chantante. Pour se donner du cœur à l'ouvrage, les lavandières chantaient mais ce n’était pas que fredonner des airs qu’elles avaient apprit de mères en filles ! Non ! C'était aussi des airs à la mode que les plus jeunes chantaient à tue tête, ce qui énervait passablement les vieilles paysannes. Robert se souvînt du temps ou il était encore jeune homme. Il connaissait tellement bien les habitudes des filles du pays. Il aurait préféré se marier avec une fille de la campagne. Les souvenirs lui revenaient par bribes. Il se revoyait en train de les espionner caché derrière les buissons jouxtant les abords de ce ruban d’eau vive qui serpentait à travers collines, monts et vallées. En cachette de son père, bien sûr ! Il grignotait quelques minutes de son temps sur le travail des champs pour admirer les beautés du village. Ho ! Il ne faisait rien de mal ! 

    Il aimait les voir laver le linge, et le taper avec leur battoir, bavarder, entonner les chants des lavandières, se trémousser en riant, un foulard retenant leurs cheveux d’on, parfois, s’échappait une mèche rebelle. Elles relevaient un coin de leur jupe longue qu’elles coinçaient entre leur fine taille, et leur ceinture de jupe. Elles avaient également une habitude qu’il aimait par dessus tout, c’était leur panier d’osier qu’elles calaient sur une de leurs hanches. Il sentait encore l’odeur des pains de savon dont elles se servaient, ce qui laissaient au linge une agréable odeur de fleurs des champs au pliage. Toute cette effervescence lui plaisait. Robert aimait aussi les voir se chamailler. Les vieilles étaient toujours en train de ronchonner : et ça rouspétait, rouspétait de plus belle, si bien qu'à la fin de la journée, au lavoir, entre les cancanières et les filles pleine de joie de vivre, tout le monde était épuisé. Lorsque les anciennes jugeaient que les draps et linge de maison étaient parfaitement propres, elles tordaient avec précaution chemises, robes, corsages, jupes et jupons, caleçon et pantalons en s'aidant mutuellement. Ensuite, elles allaient toutes ensembles étendre les draps en premier, dans les prés avoisinants faisant partie de leur domaine, ce qu'elles avaient si bien fait bouillir, rincé, lavé et tapé pendant les trois longs jours de grande lessive réglementaire. Rien ne valait les prés d’herbes tendres de leur champs ou les vaches n’avaient pas accès à cause de leurs bouses, pour avoir du linge resplendissant de blancheur.

     

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    Mariage arrangé 

     

    Les bouses étaient un excellent combustible que l’on ramassait une fois bien séchées au soleil, afin de servir, pareil au bois, de combustible dans les grande cheminées murales ! Tout était utilisé dans les fermes, et ce linge exposés aux chauds rayons du soleil, séchaient tranquillement profitant de cette chaleur bienfaisante venant du ciel. Les draps blanchis par la chlorophylle de l’herbe, et la réverbération des chauds rayons solaires, donnaient au linge un parfum fleurant bon la campagne. Ils étaient toujours ramassés, en chantant. Les jeunes filles et femmes mariées caquetaient comme des poules. Les jours de grandes lessive, et le lavoir était ses seules distraction. Les demoiselles de fermes avoisinantes se mêlaient toutes ensembles, autant à la rivière, que pour aider à collecter le linge par famille. Elles se rendaient la pareille mutuellement jusqu’à ce que tout soit ramassé et soigneusement plié dans de grands paniers d’osier. Le travail des maîtresses de maison était de ranger dans de grandes armoires de chêne. Ça embaumaient la lavande. Les piles de draps venaient s’entasser, rangées au millimètre prés. Les chemises et autres petits linges, se retrouvaient tout aussi minutieusement rangés à leur place habituelle. Après avoir compté les draps et tout ce qui devait se trouver au complet dans les armoires, les lourdes portes de chêne étaient refermées à clef, cachant souvent des trésors en argent et bijoux transmis par héritage. Robert le savait parce qu’il avait vu sa mère faire de même. De plus, les rumeurs sur telle ou telle famille qui venaient d’hériter après le décès d’un proche allaient bon train, colportées de ferme en ferme, et de fermes en villages par des langues malveillantes et envieuses. Pas besoin se se fatiguer pour que les rumeurs fonctionnent bon train ! Le vent du nord se chargeait du reste... Robert savait prêter attention à tout ce qu’il se disait : A défaut de savoir parler aux filles il écoutait les quand qu’en-dira-t-on qui se propageaient à la vitesse grand V dans tous les cantons.

    Quant au trousseau de clefs de sa mère soumise à son époux, mais la matriarche de la maison, elle conservait toujours, pendant à sa taille, un lourd trousseau de clefs attaché solidement au bout d’un long cordon tressé et très solide. Robert avait toujours vu pendre ce trousseau à sa ceinture, ne quittant jamais le pan du tablier protégeant sa longue robe de drap épais pour ne pas la salir inutilement. Seuls les corsages étaient changés périodiquement : il fallait bien ça ! On ne lavait pas tous les jours dans les hameaux ! Ces clefs bien mystérieuses qui intriguaient beaucoup Robert, était une énigme pour lui. Il les entendait, rythmant les pas de sa mère où qu’elle soit dans la maison, pour ne s'arrêter que dans le trou d’une serrure à laquelle elle s'ajustait parfaitement. Toutes les armoires avaient leur propre clefs : une armoires s'ouvrait, le trousseau de clefs s'élevait jusqu'à la serrure puis, retombait lourdement le long du tablier et la robe dont je vous ai parlé plus haut. C'était sa mère qui s'occupait de la bonne tenue des comptes de la ferme, ce qui comprenait l’argenterie et tout ce qu’il pouvait y avoir de précieux à ses yeux était sous sa régence, en plus des terrains avoisinants qui rapportaient : blé qu’il fallait porter au meunier, avoine et seigle. La comptabilité lui incombait en son entière responsabilité. S'il y a bien une chose où sa mère régnait sur le foyer, c'était là où son père ne mettait jamais son nez. Il avait horreur de tenir les comptes à jours qui n'était pas son fort, et sa mère le faisait très bien. Là était son royaume et nul ne devait y mettre son grain de sel.

     

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    Mariage arrangé

     

    Pour en revenir à sa propre femme Geneviève, elle avait vu le jour à Neuf-Marché, en haute Normandie. Ses parents, tous deux également natif de Normandie, avaient soudainement voulu, pour des raisons assez obscures, venir vivre définitivement en banlieue Parisienne. La guerre les ayant enrichie, eux aussi, un peu plus et d’une manière peu avouable, ils avaient jugé, préférable pour eux, de se faire oublier au pays.

    C’est à l’âge de cinquante cinq ans que Monsieur Delaplace avait décidé de s’installer définitivement à Paris. Ce n’était pas tout à fait la grande ville ; mais ce n’était pas très loin en train et puis, sa femme venait d’hériter d'un bien immobilier et d’une assez coquette somme d’argent, ce qui les avait appelé tout droit à Clichy La Garenne. En effet, Madame Delaplace avait un oncle Granchette du côté de sa mère qui devait rester vieux garçon et avait amassé, sa vie durant, une véritable petite fortune. L’une des filles : Lucienne, était déjà en âge de se marier. Ils avaient eu, comme on dit, le choix du Roi puisqu'un garçon répondant au prénom de André était venu au monde le premier. Geneviève était, dans la liste Chronologique des naissances, la troisième née. Elle se trouvait prise entre sa sœur aînée Lucienne et son frère André. Bernadette était la quatrième, Christiane la cinquième, Éliane la sixième et pierrette, la septième. Madame Delaplace avait des préférences pour ses enfants et tous n'étaient pas traité avec égalité : son fils était sa joie et sa fierté, et ses cinq autres filles : Lucienne, Bernadette, Christiane, Éliane et Pierrette, se calquaient sur leur mère, et n'aimait pas non plus Geneviève : ce qui faisait d’elle la tête de turc de toute la fratrie. Allez savoir pourquoi ?

    Toujours est-il que, Monsieur et Madame Delaplace, à l’acquisition du bazar qui faisait partie de l’héritage en question, au lieu de vendre le commerce et les dépendances qui se trouvaient être au dessus puisque l'immeuble comprenait deux étages, avaient décider de le conserver pour l’exploiter. C’est de cette façon que les parents de sa femme se retrouvèrent citadins pour devenir commerçants.

    De ventes pour les uns en achats pour les autres, étant de la même région, les deux partis avaient familiarisé. Suite à un projet d’agrandissement des patrimoines, Ils s'étaient mis d'accords, en lieu et place de Geneviève, et de Robert, afin d’user d'autorité pour les marier.

    En ce temps-là, le droit de décision que les parents avaient sur leurs enfants en âge d'être mariés, tenait lieu de loi afin de réunir, protéger et préserver les patrimoines respectifs de chaque familles.

     

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    Mariage arrangé 

     

    C’était ainsi anciennement chez les gens de la terre qui avaient du bien. Dans ces familles, les fiancés n’avaient rien à redire. Ils se devaient d’accepter les décisions prises à leur place. C’était dans l’ordre des choses.

    Depuis son retour de l'hôpital et lasse de ses nombreux affrontements avec Robert, Geneviève avait décidé de ne rien faire pour entretenir l'appartement qu'elle considérait comme insalubre, mal orienté, mal achalandé, mal meublé et envahit par la vermine. N'ayant rien à faire de sa journée, elle se sentait désœuvrée. Elle errait d’une pièce à l’autre sans but précis. Chaque heure qui s’égrainait au carillon lui paraissait interminable. Geneviève s’ennuyait à mourir dans ce rez-de-chaussée humide de la rue Mirabeau. Le matin, bien après que Robert, ait commencer sa journée de très bonne heure au garage familiale, elle se levait, se faisait du café, avalait précipitamment la première tasse brûlante et se resservait un plein bol fumant pour le déguster lentement avec deux tartines de pain de campagne tout en écoutant le poste de TSF. Ça lui prenait bien une bonne partie de la matinée. Après le rituel du matin, elle commençait à tourner en rond devant la pile de vaisselle qui séjournait dans l’évier et la poussière qui envahissait les quelques meubles garnissant le logement. Pour oublier ces constants moments de déprime, elle se plongeait dans des magasines de mode prêtés par une voisine du rez de chaussée, avec qui elle avait sympathisé. Elle les feuilletait plusieurs fois de suite rêvant devant de somptueuses toilettes qu’elle ne porterait jamais. C’est dans ces moments là que, n’en pouvant plus d’être confinée dans cette odeur de moisissure et de renfermé, elle se lavait, se maquillait légèrement, s’habillait pour aller se promener et faire du lèche vitrine. A l’air libre, enfin elle respirait. Le long de ces grandes rues bruyantes de passants, agrémentées par la présence euphorisante des grands cafés qui bordaient les grands boulevards, Geneviève se sentait revivre. Devant les vitrines des magasins, son oppression disparaissait complètement. Elle ne se rendait pas compte qu’elle marchait depuis longtemps sans se soucier des heures qui défilaient. La plus part du temps, ses pas la conduisaient dans des grandes rues pleines de va et viens. Les passants qu'elle croisait la sortait de son cafard. En fin d'après midi, elle adorait observer les néons des magasins qui éclairaient leur devanture.

    Il n’était pas rare, la nuit tombée, d’apercevoir un taxi s’arrêter devant le quarante huit de la rue Mirabeau, et de voir en descendre une jeune femme élégamment vêtue, les bras chargés de parquets plus ou moins gros, et enrubannés, s’engouffrer en hâte dans la porte cochère de l’immeuble, puis dans ce couloir mal éclairé et mal odorant, jusqu’à la porte de l’appartement où elle habitait. La porte du deux pièces à peine ouverte, Geneviève retrouvait les mêmes murs du vestibule lézardés par où suintait une humidité latente, dégageant cet air malsain qu'elle redoutait, ce qui lui occasionnait des nausées et des difficultés à respirer. Le papier jaunit par endroits et délavé en d’autres coins de la salle à manger n'arrangeait pas les choses. Du linge sale traînait un peu partout sur les quelques meubles épars et disparates qui lui servaient de décor. Tout lui faisait horreur.

     

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    Après avoir déposé tous ses achats un peu n’importe où, elle se laissait choir sur le vieux fauteuil de cuir craquelé, réservé à son mari qui, pour une fois qu’il n'était pas occupé, lui tendait les bras. Alors seulement elle entreprenait de regarder plus en détail ses folles dépenses faites sur un coup de tête. Ce n’est pas qu’elle avait peur de dépenser l’argent du ménage puisque ses parents l’avaient dotée pour avoir la paix, et parce que son beau-père ne l'aurait pas accepté sans une dote. Il fallait que madame Delaplace, radine comme pas deux, débourse la part qui revenait à Geneviève, une part qui lui revenait de droit. Pour ne plus la voir au magasin, sa mère devait faire une croix sur cette partie du capital dont elle ne verrait plus jamais la couleur. Cela lui avait été pénible, et Geneviève s’en réjouissait en y pensant.

    Ce qui l’inquiétait le plus, c’était la réaction de Robert à la vue de tous les achats que, d’après lui, elle n’avait nul besoin. Il détestait au plus haut point les extravagances de sa femme car il avait conscience de sa beauté. Geneviève se savait jolie et les toilettes lui plaisaient tout autant que le maquillage et la lingerie féminine. Il fallait qu'elle dissimule toutes ses folies aux yeux de son mari, afin d'avoir l’opportunité de les ressortir lorsque l'occasion se présenterait, et qu'elle pensait n’être pas trop éloignées dans le temps. Elle entreprit de trouver une cachette où il n’aurait pas l’idée d’aller voir. Dans la chambre à coucher, le lit n’était pas fait. Geneviève n’en avait cure. Robert avait beau lui faire des reproches sur la mauvaise tenue du ménage et lui interdire ses débordements, vindicative et contestataire par principe, Geneviève n’en faisait qu’à sa tête. Plus d’une fois il avait surpris sa femme en flagrant délit de sorties tardives et de dépenses qu’il jugeait inconsidérées. Cela finissait généralement très mal. Le couple s’affrontait, ne laissant derrière lui qu’un champ de ruines où gisaient produits de beauté piétinés, flacons de parfums de marques cassés, robes déchirées et lingerie fine réduite à de simples petits bouts de dentelle et de nylon qui n’avaient plus rien à voir, de près ou de loin, avec des dessous féminins. Les quelques meubles avaient aussi leur compte de coups, de trous, d'éraflures et de fêlures. Les chaises et le seul fauteuil bridge du logement se retrouvaient renversés, sans compter le carrelage qui avait des pets, les carreaux des fenêtres se retrouvaient fêlés ou cassés, et que sais-je encore. Quant aux bleus que la jeune femme récoltait au cours de ces confrontations orageuses : ils mettaient plusieurs jours à s’estomper et à disparaître complètement. Tout et n’importe quoi lui servait pour se défendre contre son mari. Bien souvent, le fer à repasser quand ce n’était pas le balai qu’elle tenait bien serré dans ses mains, lui était utiles de façon à intimider Robert. Elle se servait de n'importe quoi qui lui tombait sous la main et lui permettait de stopper son mari dans ses débordements de colère. Les projectiles volaient dans les pièces où ils se trouvaient au moment de l'altercation. En même temps qu'elle lançais des objets, elle hurlait pour ameuter le quartier. Pour ça, elle savait y faire ! L’issue de ces affrontements se terminait généralement au poste de police pour le mari ; mais pas avant que les coups n'aient plus sur elle. Il fallait prouver la maltraitance conjugale dont elle était la victime, et quand les policiers se rendaient compte des dégâts dans l'appartement, il fallait qu'elle se justifie en alléguant qu'elle même était bien obligée de se défendre !

     

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    Mariage arrangé 

     

    Les agents venaient avec le fourgon, mais n'en avaient rien à faire des scènes de ménage : les maris ayant tous les droits sur leur épouse au même titre qu'un meuble ou un animal. Elles devenaient, après le mariage, leur propriété. Dans ces années d’après guerre, la femme n'était pas très bien considérée malgré les progrès accomplis en ce domaine depuis... En somme, c'était comme-ci, ces femmes portaient psychiquement le tchador : invisible de l'extérieur, mais vécu journellement dans le secret de leur foyer... Il y avait encore de quoi faire au niveau de l'émancipation des femmes à cette époque : ne serait-ce que pour les droits de cuissage, les harcèlements dans les entreprises où les hommes gradés se croient tout permis et ou l'on pratique l'omerta, Les femmes ayant peur de perdre leur emploi... Il faut que l'enfer s'arrête, ne serait-ce que pour ces femmes, ces mères maltraités, comme cette femme déjà d'un âge avancé et dont je tairais le nom, ainsi que ses filles, obtienne complètement son, émancipation sur le plan juridique, et reconnues comme étant en légitime défense devant la brutalité et la domination que son monstre de mari exerçait depuis de très longues années sur elle et ses filles. La femme est un être humain à part entière ayant les mêmes droit vis à vis de la loi, que les hommes. D'ailleurs, aujourd'hui encore, des discriminations existent toujours : ne serait-ce que pour les salaires qui sont bien moins importants, à travail égal, pour les femmes. Les harcèlements continuent de plus belle, les viols sont, dans la plus part du temps pratiquement pas assez condamnés : les violeurs revendiquant leur plein droit devant une femme soit disant, consentante. En fait, les hommes s’octroient tous les droits sur les femmes et nous sommes en 2018… La loi ose condamner une femme qui à subit pendant 35 ans des violences conjugales et vu ses filles se faire violer par leur propre père sans oser rien faire par peur pour leur vie, et la sienne, à plusieurs années de prison pour préméditation. Mais comment aurait-elle pu faire ? La seule façon qu’elle avait de se sortir de cet enfer était de lui tirer un coup de fusil dans le dos afin qu’il ne puisse se rebeller et prendre le contrôle de la situation. Ça en dit long sur la justice, et combien de violeurs s’en sortent avec un an de détention, ou sans même une seule année de prison ? Il en aura fallu des pétitions à laquelle j'ai participé, pour qu'elle obtienne une grâce présidentielle, et non la reconnaissance de son innocence !  Mais revenons en à Geneviève.

    Malgré toutes ses tentatives afin d'obtenir gain de cause auprès des autorités, la jeune femme voyait bien que rien n’avançait. Elle ne comptait pas lâcher prise aussi facilement. Il fallait d'abord qu'elle trouve un emploi. De cette manière, elle pourrait devenir plus indépendante et surtout, en s’impliquant dans un métier autre que vendeuse ou bonne à tout faire chez sa mère, elle se prouverait à elle-même qu'elle valait mieux que tout ce que celle-ci lui avait répété à longueur de temps. Qu'est-ce qu'elle avait bien pu inventer sur elle pour que ses sœurs la dédaignent, elles aussi ? Une chose la tracassait encore : son héritage. Elle comptait bien le récupérer sans qu'il soit trop écorné par son mari. Il n'étaient pas mariés sous séparation de corps et de bien selon la formule consacrée ; mais elle ne se laisserait pas dépouiller sans rien dire. De ce côté-là, il n’y avait pas d’ambiguïtés. Pas de partage de sa part. Elle devait se préparer au pire pour la demande de divorce. Car Robert ne serait pas d’accord. Elle s’y attendait. Se soulevait aussi le problème du logement à trouver, et de son déménagement. Geneviève devait s’éloigner de ce quartier qu’elle exécrait. Cela allait lui prendre un peu de temps avant de tout planifier dans les moindres détails ; mais à la perspective de se créer une nouvelle vie, Geneviève sentait une exaltation l’envahir. Il est sûr qu’elle avait peur ce que qu’elle aurait encore à subir le temps que tout se mette en place ; mais elle s’en sentait le courage et ne pouvait plus reculer. La force lui manquait pour continuer cette vie minable qu’elle menait. Elle ne supportait plus les violentes colères de Robert lorsqu’il n’arrivait pas à ses fins. Elle ne serait pas une femme battue et violée toute son existence ! Ça, jamais ! Il lui fallait gagner juste un peu de temps pour s’organiser.

     

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    Là-bas, au pays, les filles ne s'occupaient que de besogner à la ferme de leurs parents. Elles aidaient aux tâches ménagères sans se poser de questions. Les travaux de la ferme qui consistaient à donner à manger aux poules, ramasser les œufs du jour qu'elles pondaient un peu partout dans la paille ou dans des endroits qu'elles choisissaient elles-même, les lapins qu’il fallait nourrir de luzerne fraîche et dont il fallait nettoyer les clapiers, les cochons qui réclamaient leur pâté leurs incombait. Tous les matins, elles étaient debout à quatre heure pour traire les vaches et ensuite porter le lait à la laiterie du village. Leur éducation de futures femmes de fermiers était faite : elles savaient ce qu'elles devaient savoir, un point c'était tout ! Pour les lessives, ça n'était pas une mince affaire non plus ; mais tout cela était, depuis des lustres, le travail d’une fille de parents fermiers. La femme d’un paysans travaillait autant qu’un homme, avec une ribambelle de gamins autour d’elle. A peine avaient-ils atteint l’âge pubère, que les garçons allaient avec leur père au champs travailler la terre.

    Ils apprenaient à se servir des outils dangereux comme les abatteuse trieuses qui coupaient le blé, le faisait ressortir en grains d’un côté et en bottes de foin de l’autre. Ils devaient connaître le calendrier pour les semences, à quel moment faire les plants et le ramassage des légumes une fois à terme, les fenaisons et savoir manipuler les charrues tirées par des chevaux de traie, traçant ainsi les sillons dans une parcelle vierge s’étant reposée un ans, afin de semer, de nouveau des graines.

    Les filles, elles, devaient observer vers les huit, dix ans, les tâches ménagères de leur mère. Tous les enfants d’une fratrie étaient éduquer en vu de faire les mêmes travaux afin d’aider le plus possible leurs parents et pouvoir, en temps voulu, reprendre le bien familiale. Tout ça, Robert connaissait très bien ; mais quant aux filles de la ville, alors là, c'était une toute autre affaire ! Pour celles qui en avaient les moyens, elles se maquillaient, s'habillaient à la dernière mode, mettaient des bas de soie à couture récupérés au marché noir. Celui-ci continuait à bien fonctionner et ne s'était pas arrêté juste à la fin de la guerre comme on aurait pu le penser ! Les femmes étant très ingénieuses se débrouillaient pour avoir, d’une manière ou d’une autre, le privilège de connaître une copine ayant des relations afin de profiter de tous les avantages que ce trafic procurait. Cela leurs permettait certaines prérogatives auxquelles les autres femmes plus modestes n'avaient pas accès. Qu'à cela ne tienne ! Les astuces faisant pur se confectionner de nouvelles tenues ne manquaient pas. Comme elle ne trouvaient plus de bas, elles se teignaient les jambes avec de la brou de noix ou une autre substance indélébile, ne partant qu’avec de l’eau chaude et du savon. Avec ces teintures : une plus foncée que l’autre, elles se dessinaient une fausse couture afin d’être, elles aussi, à la mode, comme celles dont elles enviaient les facilités avec lesquelles elles marquaient leurs différences. Elles mettaient également de drôles de chaussure à talons hauts compensés, fait de bois, car le cuir manquait encore pour faire des chaussures complètement en cuir. Ces accessoires faisait ressortir leurs attraits féminins que sont justement les jambes d'une femme : ce n’était pas pour déplaire à la gente masculine.

     

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    Les Jeunes femmes de Paris et des banlieues alentours affichaient une assurance et une liberté nouvellement acquise depuis que tous les jeunes hommes avaient été mobilisés. Lors de la libération, beaucoup n'étaient pas rentré, et ceux qui étaient revenus étaient trop souvent diminués, ne se sentaient plus à leur place. Les femmes n’avaient peur de rien et bien souvent, elles remplaçaient leur mari revenu de la guerre sans jambe ou sans bras. Beaucoup de ménages ne se sentaient plus en phase et divorçaient.

    L’armistice avait été officiellement prononcé ; mais les affrontements entre, d’une part, les français, les alliés, et de l’autre, les allemands qui en étaient à leur deuxième défaite et humiliation, depuis 14/18, continuaient avec acharnement, et vengeance, tout en se repliant vers le Rhin, à exterminer les pauvres gens des campagnes. Cette seconde humiliation du peuple germanique les avait rendu furieux. Les dernières poches de soldats qui résistaient bon gré mal gré, tout en se retranchant dans des bastions, continuaient de tuer sans raison et ce, jusqu'à ce qu'ils soient eux même exécutés ou repoussés derrière la frontière Allemande et jusqu'à Berlin en ruine : ville détruite par les alliés. Ceux que l’on prenait avant qu’ils ne se sauves en Amérique avec de faux papiers, étaient fait prisonniers, à la merci des français des russe, des Anglais et des américains. Chacun des alliés avaient revendiqué une partie de l’Allemagne.

    Les Parisiens avaient libéré leur capitale non sans avoir encore subit beaucoup de perte du côté français. Les alliés étaient entrés dans Paris libéré grâce aux parisiens et au général De Gaulle, et ça valait tous les sacrifices du monde. Beaucoup de soldats et civiles manquaient à l’appel sans compter les règlements de compte qui avaient lieu en plein Paris. Les couples qui s’étaient enrichis grâce au marché noir, et qui avaient été repérés, étaient passés par les armes et l'on se partageait les réserves bien cachées dans les sous sols : que ce soit des denrées alimentaires ou des vêtements ou encore de la viande, de la lingerie, des cigarettes, du chocolat etc. Les collabos devaient payer leur trahison sur l’heure et sans jugement : juste châtiment dont la France libérée estimaient avoir droit. Les hommes et les femmes devenus fous de vengeance, réclamaient justice, et dans les rues même. les collabos étaient fusillés sans jugement. Les femmes qui avaient couché avec l'ennemi étaient tatouées entre les deux seins ou sur le front en plus d’être tondues, défilaient nues dans les rues, et conduites jusqu’aux réverbères où elles étaient pendues devant la foule en délire. Lorsqu’un semblant d’ordre fut rétablit, les femmes qui n'avaient rien à se reprocher, ne comptait pas lâcher leurs privilèges et leurs acquits. Les hommes fur bien obligés de lâcher du mou se rendant compte du chemin qu’elles avaient parcourut pendant leur absence. En fin de compte, leur moitié était tout aussi capable pour certaines actions, qu’eux mêmes, si ce n’est plus, car elles usaient de leur intelligence bien plus que de leurs muscles : ceci compensait largement cela. Dans l'adversité, ces femmes avaient une volonté insoupçonnée. Leurs inventivité, leur courage les faisait se dépasser. Il fallait, à présent, compter avec elles !

     

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    Ces dames qui avaient fait montre d’héroïsme en bien des circonstances, il fallait en convenir, avaient tenu les rênes de leur destiné et celles du pays, et en quelque sorte, celle de la France avec brio, participant à l’effort de guerre pendant ces cinq années interminables.

    Celles qui étaient de la campagne, n’étaient pas en reste ! Elles avaient, elles aussi, contribué à l'accomplissement de la bonne tenue des fermes alentour et comme il n’y avait plus de jeunes hommes valides pour s’occuper des champs, elles avaient dû s’y mettre toutes ensembles pour ne pas laisser les terrains cultivables en friche et les fermes à l’abandon, d’autant plus qu’elles puisaient pratiquement toutes leurs ressources dans les produits de leur fermage avant que les allemands ne viennent réquisitionner tout ce qui était nourriture. Elles ne donnaient que ce qu’elles avaient en trop et prenaient bien soins de cacher le principal des réserves. Ces dames de la campagne savaient cacher des juifs, dans des abris insoupçonnables. Elle avaient aussi sauvé des soldats parachutistes blessés dans des atterrissages manqués. Certaines avaient des enfants dont il fallait s'occuper, ce qui nécessitait forcément beaucoup d’entraide des unes envers les autres, de façon à assurer le minimum vital à chacune. Combien ont dû se débrouiller pour faire bouillir la marmite quand il n’y avait presque plus rien à manger ? Les femmes cuisinaient des racines tels que les topinambours, les pommes de terre, carottes, et puis les légumes à fibres tel que les rutabagas, la rhubarbe pour faire des confitures. Elles cultivaient également les cucurbitacées et les épluchures allaient aux cochons : de cette façons, elles ne gâchaient rien et de temps à autre, elles tuaient un lapin ou une poule pour faire un plat plus consistant. De temps à autre, en s’y mettant à plusieurs, elles tuaient un cochon de lait et se partageaient la viande en parts égales, prenant soins de se cacher afin que le bruit ne se . Combien ont dû défendre leur patrie, et lorsque l’occasion se présentait, pendant l'occupation, elles cachaient des partisans. Certaines d’entre elles avaient même fait partie, à leur façon, de la résistance. Beaucoup avaient risqué leur vie pour chasser l’Allemand de la France : elles avaient même espionné, servit de boîte aux lettres, et bon nombre d’entre elles avaient été exécuté sans plus de procès. Certaines femmes restées au village avaient, en plus de tous les travaux des champs qu’il fallait assurer, servie de passeuses et de cachettes pour abriter des enfants juifs dont les parents avaient été déportés dans les camps de concentration comme le camps de Struthof à la frontière Alsacienne. Elles avaient vaincu leur peur et il n’était plus question, après la guerre, de les laisser sous la tutelle des hommes. Sûr d’elles, entreprenantes, elles organisaient des manifestations. Elles revendiquaient des droits que jusque là, aucune femme n’auraient jamais osé espérer obtenir au paravent. Cette émancipation subite des femmes n’était pas du goût de tous ces messieurs qui, en ce temps là, étaient très misogynes ! Ils tenaient à garder leur prérogatives. Les changements intervenaient donc par petites touches : Ces dames avançaient dans leurs revendications, sans peur, sans honte, dans la bonne direction, et d'un pas sûr… 

     

    Dans le garage familial que son père lui avait laissé en gérance : cadeau de noce de Robert, Celui-ci ruminait ses défaites successives aupré de sa femme. De son côté, Geneviève flânait toute la journée ne voulant plus servir au bazar de ses parents, et surtout, ne pas redevenir la bonne à tout faire de sa mère et le souffre douleur de ses sœurs. On se devait de l’appeler madame et elle en profitait largement. 

     

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    Geneviève n’était pas heureuse depuis son mariage désastreux, mais n’en montrait rien. Dans sont deux pièces cuisine, Elle était désœuvrée et tournait en rond dans cet affreux logement. Enragée d'être obligée de rester là, en robe de chambre avec, aux pieds, des être mal fagotée : les cheveux en bataille, et pas débarbouillée. C'est sous cette apparence qu'elle arpentait de long en large le deux pièces cuisine qu'elle exécrait. Pour oublier un moment sa déprime, elle se plongeait dans des magasines de mode qu'elle feuilletait plusieurs fois de suite, rêvant devant de somptueuses toilettes qu'elle ne porterait jamais. A bout de nerf, ne craignant plus que robert rentre à l'improviste, elle s'habillait pour aller faire du " lèche vitrine ". Le long des rues bruyantes de passants, Geneviève s'arrêtait un peu partout devant les devantures de magasins, ce qui la conduisait finalement sur les grands boulevards de Paris. Il n'était pas rare, la nuit tombée, de voir arriver la jeune femme en taxi, et s'arrêter devant le quarante huit de la rue Mirabeau et l'apercevoir en descendre les bras chargés de paquets enrubannés. Elle s’engouffrait en hâte dans le couloir de l'immeuble sans même prendre le temps d'appuyer sur la minuterie qui éclairait mal le couloir malodorant qui menait jusqu'à la porte de son appartement. A peine celle-ci ouverte, une odeur de moisi emplissait ses narines. Elle retrouvait l'atmosphère irrespirable de son taudis qui lui donnait la nausée. La vaisselle du matin et de la veille trônait toujours dans l'évier de la cuisine, le linge sale traînait un peu partout et les meubles et le fauteuil qui agrémentaient le décor. Elle n’avait jamais aucune envie de faire le ménage. Dans la chambre à coucher, comme un reproche muet de son laisser aller, le lit n'était pas fait. Geneviève n'en avait cure. Robert avait beau lui faire des reproches, lui interdire de sortir, rien n'y faisait ! Vindicative et contestataire par définition, Geneviève n'en faisait qu'à sa tête. Plus d'une fois Robert avait surprit sa femme en flagrant délit de sorties tardives et de dépenses inconsidérées. Cela finissait généralement très mal : les extravagances de Geneviève s’insupportaient. Le couple s'affrontait ne laissant derrière eux qu'un champ de ruine où gisaient produits de beauté piétinés, flacons de parfum cassés robes lacérées et la lingerie fine réduite en de simples petits bouts de dentelle de nylon qui n'avaient plus rien à voir, de prés ou de loin, avec des dessous féminins. Quand aux bleus que Geneviève récoltait au cours de ces confrontations orageuses, ils mettaient plusieurs jours à se résorber l'empêchant, de cette manière, de commettre d'autres débordements. La jeune femme en avait assez de se faire taper dessus. Insidieusement, l'idée d'un divorce occupait toutes ses pensées et faisait son chemin dans son esprit. Elle ne comptait pas s'éterniser dans le rôle qu'on voulait lui faire jouer. Elle devait se consacrer à l'élaboration d'un plan le plus vite possible et faire avaler la pilule à ce mari qu’elle exécrait.

    Le soir même, lorsque Robert rentra de son travail, elle n'attendit pas longtemps pour l'informer de sa décision de retravailler et tant pis pour ce qui arriverait par la suite. Celui-ci inquiet demanda :

    Tu veux retravailler ?

     

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    Mariage arrangé  

     

    Et sans attendre la réponse, il lui proposa de reprendre son poste chez ses parents. Geneviève lui rétorqua :

    Tu n'as rien compris ! Je veux pouvoir travailler sans rendre de compte à personne et encore moins à ma mère ! Je veux disposer de mon propre argent, avoir mon indépendance financière. Je veux m'acheter tout ce dont j'ai envie sans que tu me reproches mes dépenses et que tu t'en prennes systématiquement à mes achats ! Tu as mains mise sur ma dote alors, il me faut travailler !

    Robert narquois et sûr de lui opposa un refus catégorique et sans appel au désir d'émancipation de Geneviève :

    C'est non. Si tu veux travailler, tu reprends dans le bazar de ta mère.

    Geneviève sentait bien que la conversation allait tourner court. Elle s'énerva :

    Je veux ma liberté, tu entends ! Je veux divorcer ! Te voilà prévenu ! Je n’ t’aime pas !

    Robert, un instant muet devant ce flot de paroles, se reprit, omettant volontairement de s'étendre sur la notion de divorce. Quant à l'idée même de sa femme désirant travailler ailleurs que chez sa mère, il l'ignora complètement. Avec malice, il insinua :

    Si tu t'ennuies, t'as qu'à faire le ménage ! C'est une vraie porcherie ici ! Et si ça suffit pas, j'irais chercher notre fille ! Ça coûtera moins cher que de payer la nourrice ! T'as qu'à faire un effort ! C'est ton rôle que de t'occuper de notre fille !

    Non !

    Quoi, non ?

    Tu m'énerves ! Tu n'es qu'un bouseux ! Je ne peux plus te supporter ! Tu me dégoûtes !

    Ah, oui ! Et bien tu vas me supporter quand même !

    NON ! ET NON ! Je ne veux pas te servir de bonne ! Je ne garderai pas ta fille ! J'ai bien dis ta fille ! Tu m'as violé ! Tu as oublié ?! Cette chose est le fruit de ton acte dégoûtant ! Je ne veux pas d'elle et de toi non plus ! Je ne serais jamais ta femme de mon plein grès ! Je veux divorcer ! Tu entends ? Si non, je te rendrais la vie impossible !

    Malgré la rage qui bouillait en lui, Robert fit son possible pour rester le plus calme possible car il se connaissait et il voyait bien que sa femme essayait de le pousser à bout. Il continua sur le même ton, conscient que ça risquait de finir très mal :

    Pas question que tu travailles et encore moins qu'on divorce ! T'as compris ?

    C'est ce qu'on verra ! La prochaine fois que tu me touches, je te réserve une surprise de taille !

     

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     Mariage arrangé

     

    T'es ma femme ! Qu'est ce que tu peux faire contre ça ? Et pis, qu'est ce que tu pourras bien prouver si j'ai envie recommencer ! Hein ? Allez ? Dis-moi ?! T'es qu'une folle ! Tu vois pas que tu peux rien contre moi ?!

    Geneviève, ivre de rage, menaça:

    —Tu t'attends à ce que je capitule ! Et bien, je vais te faire regretter de m'avoir épousé ! Tu vas avoir du fil à retordre avec moi ! Je te le promets !

    Ces discussions orageuses se terminaient souvent très mal. Geneviève poussait Robert dans ses derniers retranchements, et tout volait dans la maison. Les voisins alertés par le tapage appelaient Police Secours et Robert devait finir la nuit au poste. Geneviève, dans ces moments-là, se sentait en position de force et savait mettre à profit les traces de coup qu'elle avait reçu en montrant aux policiers les marques de mauvais traitements infligés par son conjoint. Elle se plaignait, gémissait, pleurait morte de peur et il y avait de quoi !

    — Regardez monsieur, il me frappe ! Regardez mes bleus !

    Les policiers faisaient leur devoir en enjoignant le mari de se calmer, le menaçant de se retrouver au poste s'il n'obtempérait pas. En fait, Ils se contentaient de calmer le jeu en sermonnant le mari, le prévenant que s'il y avait encore des plaintes de la part des voisins pour tapage nocturne, il serait embarqué au poste de police pour la nuit. Ils lui conseillaient donc de ne pas rentrer de la nuit et d'aller cuver son vin chez quelque connaissance. Cela avait pour effet de le rendre raisonnable pour un temps. Sans un mot, Robert prenait son blouson, puis disparaissait en claquant la porte.

    Ne voulant pas en rester là, Geneviève désirait déposer plainte, les policiers compatissants lui expliquaient :

    — Madame, Il ne faut pas que vous attendiez beaucoup de votre plainte. Pour que vraiment votre plainte aboutisse, il faut « un premier sang » : autrement dit, que vous soyez blessée assez sérieusement pour que nous puissions intervenir. C'est la loi. Pour l'heure, nous ne pouvons faire plus. Nous vous conseillons quand-même d'aller voir un médecin pour faire constater les ecchymoses sur votre corps. C’est tout ce que vous pouvez faire dans l’état actuel de votre situation

    Geneviève étant une insoumise, une rebelle, avait vite compris qu'elle pouvait tirer partie des fuites désespérées de son mari lors des affrontements avec la police. Dormir seule ces nuits-là, était pour elle un indescriptible soulagement.

    Après le départ précipité de Robert, Geneviève savait qu'il ne rentrerait pas de la nuit. Elle prenait alors bien soin de bloquer la porte avec son double de clef qu'elle laissait dans la serrure après lui avoir fait faire un demi-tour, ce qui empêchait que l’on puisse l’éjecter de l’extérieur. Le dossier elle terminait le travail avec le dos d'une chaise qu’elle calait en dessous de celle-ci, ce  qui terminait la barricade : les serrures d'avant permettaient ce stratagème car elles ne ressemblaient pas à celles d'aujourd'hui.

     

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