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    Refus du passé

     

    Geneviève, toute à sa nouvelle existence, ne se méfiait plus du tout de ce passé qui pouvais, encore une fois la rattraper. En effet, du côté de la famille Cadoret, le beau-père de Geneviève, sans qu'elle ne s'en doute, cherchait à lui faire payer ce qu'il considérait comme étant de sa faute si son fils était dans un état de désœuvrement indescriptible. Il fallait qui lui fasse payer sa désobéissance, son culot, cette insoumission à son mari. Si elle revenait chercher les affaires qu'elle avait laissé précipitamment en s'enfuyant l'autre jour, étant au courant de tout ce qu'il se passait dans la vie de son fils, se doutant bien qu'elle viendrait récupérer ce qu'il considérait comme des guenilles, il lui réserverait un mauvais coup à sa manière. Il ne ruminait que pour trouver un moyen suffisamment fort afin de la démolir.

    Pour l'heure, à cause d'elle, le garage était fermé et  mis en vente. Il ne récupérerait rien de ce patrimoine qu'il avait eu tant de plaisir à acquérir de sa ferme et de ses terrains qu'il avait très biens vendus, de façon à vivre largement, là ou il avait choisit de s'installer. Si cette fille avait, comme le certifiait sa mère, était docile, Tout ce serait déroulé autrement, et le garage aurait prit de la valeur sans la déchéance de son fils.  les locaux se seraient agrandit et tout irait pour le mieux. Depuis ce mariage avec cette saloperie de bonne femme, son fils n'était plus le même : il parlait tout seul et très fort dans les rues,  s'en prenait aux passants, et chez le bougnat, il était agressif avec se copains. Il ne dormait presque plus chez lui et venait se réfugier chez son père et la nuit était dantesque : Il faisait des cauchemars, se levait en plein milieu de la nuit, l'empêchant, lui et sa femme de dormir, faisait les cent pas dans la cuisine pour se faire du café tout en marmonnant, essayait d'allumer la TSF et titillait les stations pour passer le temps jusqu'au petit matin ou son père le trouvait endormit, son bol de café renversé sur lui, la tête sur le rebord du meuble où se trouvait le poste. C'était pitoyable. Fernand, enrageait de ne rien pouvoir faire contre sa belle fille qui avait eu le culot de détruire son fils au point de le rendre alcoolique et quelque peu fou car il n'était jamais sobre. C'en était trop pour un père comme Mr Cadoret qui n'avait guère l'habitude que l'on discuta ses ordres :

    — Cette petite pute va pas faire la loi longtemps ! Dit t-il tout haut en patois Normand ? C'est moé qui vous l'dis ! mais pou' qui qu'es prend cette grue ! J'vas lui montrer de quel boé j'me chauffe, moé !

    Le père Cadoret ne contrôlait plus sa colère de paysan. Pour la première fois de sa vie de femme soumise, sa femme osa lui donner son avis en essayant de calmer sa fureur. Celui-ci réagit violemment et lui hurla dessus :

    — De quoi t'emmêles tu, toé ? J'tais d'mandé quéqu' chose ? Tu vas pâs t'y mette toé aussi ?! On aura tout vu dans c'te maison ! Non mais !  Ou qu'est-ce t'y qu'on a vu ça ?! C'est l'monde à l'envers, ma parole ! V'là maint'nant qu'les femmes veulent faire la loé ! R'tourne d'vant tes fourneaux ou va faire ta vaisselle ; mais fou-moé l'camp d'là, si non j'te fich' une baigne !

    — Ah ! maint'nant, ça suffit ! Éclatât Mme Cadoret ! J'tai laissé faire pendant tout s't'emps, mais j'peux pus ! Tu t'entêtes à faire les choses à ta manière et r'gardes ou on en est ?! Ça va ben ! Aller ! Et pis d'abord : j'me tairais quand ça m'plaira ! Y'en a marre de tes gueulades ! T'a compris ?! Essaie de m'baigner pou' voér ! Tu croies qu'tu m'fais peur ?!

    Mme Cadoret, partie sur sa lancée, ne compta pas s’arrêter, tellement elle avait  de reproches à faire à son mari depuis toutes ces années qu'elle supportait son sale caractère. Il était exécrable à vivre. 

    — Tu croies qu'tu m'fais peu' ?! C'est finit c'temps lâ ! J't'ai toujours laissé faire à ta guise sans rouspéter pacque t'es têtu comme not'e mule qu'ont avait avant ! T'es rancunier, coléreux, impossible ! Malgré tout, j't'aime gros nigaud, si non, Y'a bein des tours d'horloge que j't'aurais quitté ! T'es un homme dur et sans pitié  pour qui ne fait pas ce que tu veux ! T'aim' pâs qu'on t'résiste ! J'ai ben compris comme t'étais et si j'tai laissé faire tes excès : c'était pou'qu'tu m'foutes la paix ! Tu pouvais gueuler tout ton soûl toute la journée su' n'import' qui et pou' n'impo'te quoi, ça m'était bein égale !  Tu n'es qu'un gros ronchon !  Un gros lourdaud ! Arrête donc un peu ça ! Tout' façons, tu pourras rein changer à c't'histoire. Alors, à quoi bon ?

    Fernand, pantois de la soudaine rébellion de sa femme qui ne ressentait plus la peur de lui dire ce qu'elle pensait, était resté sans voix, et s'en alla, penaud, tout en continuant maronner, montant lourdement les marches des escaliers menant aux chambres. Sur le palier, il continua de marmonner dans ses moustaches, en tapant du talon, alimenté par la rancœur qu'il nourrissait à l'encontre sa belle-fille. Sa femme l'entendait encore baragouiner, quand, soudain, un énorme claquage de porte la fit sursauter. Ce vacarme était reconnaissable au bruit de leur porte de chambre. Peu importe ! Ce n'était pas les chambres qui manquait : elle s'en irait dormir  dans un autre lit...

    Malgré tout, elle était satisfaire d'avoir eu, en cette fin de soirée pluvieuse, le courage de lui déballer tout ce qu'elle avait à lui reprocher. En trente ans de mariage, elle avait su gardé pour elle tous ce que ce soir elle avait osé lui dire. Elle était, elle-même, stupéfaire de son agacement à l'encontre de son paysan de mari ? Hausser la voix plus haut que lui était impensable avant ! Elle préférait rester dans son coin afin d'avoir comme elle lui avait lancé à la figure, la paix. S'être permis de lui jeter en pleine face ses quatre vérités, lui donnait un sentiment de satisfaction indescriptible. Un sourire se dessina sur son visage, satisfaite de lui avoir cloué le bec pour un temps.

     

    A suivre...

     

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